Ginkgos : le survivant légitime de la préhistoire

Au fond de nombreux parcs et avenues, un arbre aux feuilles en éventail passe presque inaperçu. Pourtant, le ginkgo (Ginkgo biloba) est un véritable témoin de la préhistoire. Sa lignée est apparue bien avant les dinosaures, a prospéré à leurs côtés, puis a survécu à leur extinction. Au XXᵉ siècle, certains de ces arbres ont même résisté à la bombe atomique d'Hiroshima. Voici l'histoire de ce survivant légitime.
Sommaire
Une plante unique en son genre
Le ginkgo est une gymnosperme, c'est-à-dire une plante à graines nues, comme les conifères et les cycas. Il n'a ni fleurs ni vrais fruits. Sa classification est la suivante :
- Règne : Plantae
- Groupe : Spermatophytes (plantes à graines), gymnospermes
- Division : Ginkgophyta
- Ordre : Ginkgoales
- Famille : Ginkgoaceae
- Genre : Ginkgo
- Espèce actuelle : Ginkgo biloba, seule survivante de tout ce groupe
C'est ce qui en fait un « fossile vivant » : aucune autre plante actuelle n'est vraiment proche de lui. Ses plus proches parents vivants sont probablement les cycas, mais leurs lignées se sont séparées il y a plusieurs centaines de millions d'années.
Une histoire de près de 300 millions d'années
Des origines au Permien
Les premières plantes apparentées aux ginkgos apparaissent au Permien, il y a près de 300 millions d'années, bien avant les premiers dinosaures. Leurs feuilles étaient souvent profondément découpées en lanières.
L'âge d'or du Mésozoïque
Les ginkgos survivent à la grande extinction de la fin du Permien et se diversifient pendant le Mésozoïque. Au Trias, au Jurassique et au début du Crétacé, les paléobotanistes reconnaissent de nombreux genres fossiles, comme Baiera, Sphenobaiera ou Ginkgoites. On les trouve sur presque tous les continents, jusque dans les régions polaires, alors bien plus chaudes qu'aujourd'hui.
Le genre Ginkgo lui-même est connu depuis le Jurassique moyen, il y a environ 170 millions d'années, notamment grâce à des fossiles chinois. Les feuilles de cette époque sont déjà étonnamment semblables à celles de l'espèce actuelle.
Le déclin face aux plantes à fleurs
À partir du Crétacé, les plantes à fleurs (angiospermes) se répandent rapidement et concurrencent les gymnospermes. La diversité des ginkgos diminue fortement. Après l'extinction de la fin du Crétacé, il y a 66 millions d'années, il ne reste que très peu d'espèces, comme Ginkgo adiantoides, très proche du ginkgo actuel, présente au Paléogène en Amérique du Nord, en Europe et en Asie.
Au cours du Néogène, le refroidissement du climat fait disparaître les ginkgos d'Amérique du Nord, puis d'Europe. L'espèce ne survit plus qu'en Chine, où quelques populations peut-être sauvages subsistent encore dans les montagnes.
Sa redécouverte par les Européens
Le ginkgo était cultivé depuis des siècles en Chine, puis au Japon et en Corée, notamment autour des temples. Les Européens le découvrent à la fin du XVIIᵉ siècle grâce au naturaliste allemand Engelbert Kaempfer, qui l'observe au Japon. Le nom « ginkgo » viendrait d'une transcription erronée de son nom japonais. Linné lui donne son nom scientifique, Ginkgo biloba, en 1771. L'arbre est planté en Europe dès le XVIIIᵉ siècle, et on le trouve aujourd'hui dans les villes du monde entier.
Comment reconnaître un ginkgo ?
- Les feuilles en forme d'éventail sont uniques. Leurs nervures se divisent en deux à plusieurs reprises, sans former de réseau. Elles sont souvent échancrées au centre, d'où le nom biloba (« à deux lobes »).
- Les couleurs d'automne : le ginkgo perd ses feuilles en hiver, contrairement à la plupart des gymnospermes. Juste avant, elles prennent une couleur jaune d'or spectaculaire.
- Des arbres mâles et femelles : les sexes sont séparés. Les arbres femelles produisent des graines entourées d'une enveloppe charnue. En tombant au sol, celles-ci dégagent une odeur rance très désagréable, due notamment à l'acide butyrique. C'est pourquoi on plante surtout des arbres mâles en ville.
- Des spermatozoïdes nageurs : comme chez les cycas, la fécondation fait intervenir des spermatozoïdes munis de flagelles. Ce trait très archaïque a été découvert en 1896 par le botaniste japonais Sakugoro Hirase.
- Une taille respectable : un ginkgo adulte atteint couramment 20 à 35 m de haut.
- Une longévité exceptionnelle : certains individus ont plus de mille ans.
Le ginkgo au menu des dinosaures
Pendant tout le Mésozoïque, les ginkgos font partie du paysage végétal avec les conifères, les cycas, les fougères et les prêles. À une époque où l'herbe n'existe presque pas, ces plantes constituent l'essentiel de la nourriture des herbivores. Voir que mangeaient les dinosaures ?
Les grands Sauropodes : les géants au long cou comme le Diplodocus, le Brachiosaure ou le Mamenchisaurus consommaient probablement leurs feuilles. Les herbivores plus bas, comme le Stégosaure, pouvaient s'attaquer aux jeunes arbres. Certains chercheurs pensent que les graines charnues et odorantes des ginkgos étaient mangées par des animaux qui dispersaient ensuite leurs graines, peut-être de petits dinosaures ou des mammifères. C'est une hypothèse séduisante, mais qu'il est difficile de prouver avec les fossiles.
Pour imaginer les paysages de l'époque, lisez aussi l'écosystème où vivaient les dinosaures et consultez la liste des dinosaures herbivores.
Les survivants d'Hiroshima
Le 6 août 1945, la bombe atomique ravage Hiroshima. Plusieurs ginkgos situés à environ 1 à 2 km de l'hypocentre ont vu leurs parties aériennes détruites, mais leurs racines ont survécu et ils ont refait des pousses dans les mois suivants. Ils font partie des « hibakujumoku », les arbres survivants de la bombe, recensés et protégés par la ville.
Ces ginkgos sont devenus des symboles de paix et de résilience. Leur survie s'explique en partie par des racines profondes et une grande capacité à rejeter de souche, une robustesse qui a sans doute aussi aidé la lignée à traverser les extinctions.
Et les bienfaits du ginkgo ?
Les graines de ginkgo sont consommées cuites en Asie, en petites quantités, car elles sont toxiques à forte dose. Les extraits de feuilles sont vendus comme compléments alimentaires, souvent pour la mémoire ou la circulation. Pourtant, les grandes études cliniques n'ont pas démontré d'effet clair pour prévenir le déclin cognitif ou la maladie d'Alzheimer. Ces extraits peuvent aussi interagir avec certains médicaments, notamment les anticoagulants : mieux vaut demander l'avis d'un médecin.
Un pont vivant vers le Mésozoïque
Le ginkgo a vu passer les premiers dinosaures, leur apogée, puis leur extinction lors de la disparition des dinosaures. Il a ensuite traversé tout le Cénozoïque avant d'être sauvé en partie par les humains, qui l'ont planté dans le monde entier. La prochaine fois que vous croiserez un ginkgo, pensez qu'il appartient à une lignée qui a nourri les dinosaures. Découvrez aussi les autres animaux préhistoriques qui ont traversé les âges.
Questions fréquentes
Pourquoi le ginkgo est-il appelé fossile vivant ?
Parce que le Ginkgo biloba est le dernier survivant d'un groupe de plantes, les Ginkgoales, apparu il y a près de 300 millions d'années. Des feuilles fossiles du Jurassique ressemblent déjà beaucoup aux siennes.
Les dinosaures mangeaient-ils des ginkgos ?
C'est très probable. Les ginkgos étaient répandus au Mésozoïque et faisaient sans doute partie des plantes consommées par les grands herbivores comme les Sauropodes : les géants au long cou. Voir que mangeaient les dinosaures.
Est-il vrai que des ginkgos ont survécu à la bombe d'Hiroshima ?
Oui. Plusieurs ginkgos situés à environ 1 à 2 km du point d'impact, le 6 août 1945, ont été brûlés mais ont refait des pousses. Au Japon, ils sont vénérés comme des symboles de résistance.
Quel âge peut atteindre un ginkgo ?
Le ginkgo peut vivre plus de mille ans. Certains arbres de Chine et du Japon sont réputés millénaires.